mardi 27 septembre 2016

Les faux-semblants de l'économie américaine


« The economy, stupid ! », avait écrit sur un Post-it en 1992 un conseiller de Bill Clinton. Le candidat démocrate avait alors battu le président républicain sortant, George Bush père, à qui les Américains n'avaient pas pardonné d'avoir manqué à sa promesse de ne pas augmenter les impôts. Ce lundi soir, Hillary Clinton, l'épouse de l'ancien président, affronte le républicain Donald Trump dans le premier des trois débats télévisés qui vont opposer les candidats à la Maison-Blanche. Sur le papier, le bilan économique de près de huit années de présidence Barack Obama devrait avantager la candidate démocrate. Après avoir surmonté la pire crise financière depuis les années 1930, l'Amérique est proche du plein-emploi avec un taux de chômage inférieur à 5 %. Depuis 2010, plus de 15 millions d'emplois ont été créés, les prix de l'immobilier, qui constitue aux Etats-Unis la grande partie du patrimoine des ménages, se sont redressés. Hillary Clinton ne pouvait en outre espérer mieux : le revenu médian des ménages américains a augmenté de plus de 5 % en 2015 à plus de 56.500 dollars. Mais ces chiffres ne peuvent pas faire illusion. Les électeurs américains ne se prononceront pas sur des statistiques, et toutes ces améliorations ne sont pas réparties de la même façon sur le territoire américain. Le revenu médian reste inférieur à ce qu'il était en 1999 et l'augmentation concerne les grands centres urbains, laissant derrière les zones rurales. Comme ce fut le cas avec Bernie Sanders à gauche lors des primaires démocrates, Donald Trump surfe sur le mécontentement de ceux qui s'estiment les oubliés et les perdants de la mondialisation : les « cols bleus », les petits employés. Car le milliardaire qui a fait fortune dans l'immobilier sait utiliser cette « révolte du petit Blanc », comme elle avait bénéficié au mouvement du Tea Party en son temps. Aux yeux de ses partisans, Hillary Clinton incarne à la fois Washington et Wall Street. Il reste que, si les deux candidats font plus ou moins jeu égal dans les sondages, Donald Trump continue d'avoir des handicaps majeurs : celui d'inquiéter profondément dans les rangs de son propre parti - au point où George Bush père pourrait voter pour Hillary Clinton - et celui d'avoir souvent méprisé les minorités. La question est de savoir si, dans un duel télévisé, ses improvisations et ses dérapages le serviront face à une Hillary Clinton raisonnable, mettant en avant son expérience politique considérable. Les jeux sont ouverts. Et ce n'est pas l'économie qui les départagera. Pas cette fois-ci du moins. Surtout que la campagne électorale intervient alors que l'Amérique connaît ses pires émeutes raciales depuis les années 1990, à quelques mois de la fin du mandat du premier président noir de son histoire. 
 
 Jacques Hubert-Rodier
 

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